En écoutant les nouvelles à la télé, en lisant les journaux, à la radio et en écoutant mon entourage, nul peux nier la situation difficile que vivent actuellement des jeunes (adolescents et jeunes adultes) et des familles dans notre société. Le MSSS (Ministère de la santé et services sociaux du Québec) aborde cette situation en affirmant que : « La majorité de ceux-ci (les jeunes) trouvent auprès de leurs parents, de leur famille et de leurs milieux de vie les ressources nécessaires pour assurer leur santé, leur sécurité, leur bien-être ou leur développement.
Une minorité d'enfants et de jeunes éprouvent malheureusement une grande détresse. Leurs difficultés sont parfois si grandes qu'elles nuisent à leur développement et à leur capacité de prendre leur place dans la société. » (source http://www.msss.gouv.qc.ca/sujets/prob_sociaux/jeunesdifficulte.php ) Prenant cela comme base et en fonction de mes observations, permettez-moi de douter de cette « minorité d’enfants » et de le remplacer par « la plus part d’enfants éprouvent malheureusement une grande détresse qui nuit à prendre leur place dans la société». J’ai réalisé quelques interventions auprès de jeunes décrocheurs de l’école dans le cadre de programmes subventionnés par le gouvernement -question d’éthique professionnelle je ne vais pas nommer les ministères en question- dans divers régions du grand Montréal. Lorsque j’ai procédé au choix des candidats -les places étant limitées- sous certains critères d’admissibilité établies par les ministères en question et que j’ai débuté avec le premier groupe de 12 jeunes entre 13 et 18 ans, après le premier jour j’ai compris que j’étais dans une salle avec 11 « délinquants » et décrocheurs non seulement de l’écoles mais de la société, non seulement de l’écoles et de la société mais avant tout de leurs familles respectives! Je vous confie que j’avais travaillé pendant 3 mois pour pondre un programme qui allait me permettre d’atteindre l’objectif de ce programme qui était de permettre aux participants de se trouver une place dans le marché du travail et y demeurer de façon stable pendant 6 mois, en faisant un suivi avec les employeurs et les participants, un rôle de catalyseur et médiateur est celui que j’avais. Ce programme que j’ai bâti en fonction de la demande des ministères ainsi que du profil des participants selon les critères (âge, non-diplômés du secondaire, bénéficiaires de l’aide sociale, pas inscrits à l’école dans l’année en cours, etc.) ne servait à rien avec la réalité que j’avais devant moi! J’ai pu identifier cela dès le premier jour et mon collaborateur était sur la même longueur d’onde; qu’est-ce qu’on fait? Notre première réaction a été de rencontrer nos supérieurs et demander d’arrêter le programme, mais après quelques heures d’échange avec mon collègue, nous avons pris la décision d’aller de l’avant mais d’ajuster notre tir. J’ai donc commencé dès le lendemain à rencontrer individuellement les participants. Pour quoi? Parce que simplement l’activité de présentation (brise glace) de la première journée a été catastrophique, un seul participant l’a fait comme il faut, les autres étaient « enfuis » dans leur chaise et leurs pensées; même un des participants m’a dit « fait moé pas chier et chriss moé la paix! Fait-moé pas d’trouble et j’t’en ferais pas non plus. Chus icitte pour avoir mon chèque, c’est tout », et les reste a suivi, « le bordel » était pris dans le groupe! Je vous jure que je suis tombé sur ma chaise et je me suis demandé dans quoi je m’étais embarqué!
Je suis retourné chez-moi, découragé, triste et un peu confus en me demandant quelle approche prendre pour redresser la situation et aider ces jeunes, c’est tout ce que j’avais en tête. Au souper, j’ai parlé de la situation avec mon épouse et mes enfants (qui avaient à ce moment-là 15-14-11 ans) j’avais besoin de ventiler un peu pour m’aider à réfléchir. Mon fils de 15 ans se précipite à me dire : « papa, ne t’en fais pas, mes profs doivent faire face à ça tous les jours à l’école! Des élèves qui les envoient « chier », qui les menacent, qui les ignorent, qui se moquent d’eux », mon deuxième qui renchérit en disant que des élèves ont fait volontairement basculer une enseignante en ceinte et qui sont partis en riant (ce cas a fait les journaux!). Et c’est à ce moment-là qu’une question m’est venue à l’esprit : OÙ SONT LES PARENTS?? Nous avons longuement dialogué sur le sujet et cela m’a aidé beaucoup à me soulager mais surtout à prendre l’initiative de rencontrer les participants un à un pour mieux les connaître comme personne et me permettre d’identifier leurs besoins, leurs faiblesses mais aussi de me faire connaître et établir un lien personnel avec eux dans le groupe. Nous avons ensuite prié pour le programme, pour ces jeunes et nous avons demandé à Jésus de me donner la capacité de « lire » dans la vie de ces jeunes et de ne pas les critiquer, de les accepter tel qu’ils étaient àcce moment là.
Le vendredi de cette première semaine, et je vous garde du développement quoi cela vaudrait la peine de l’aborder ultérieurement, j’avais identifié le plus grand besoin de ces jeunes et les besoins sous-jacents qui allaient me permettre de les aider, sans toutefois savoir si je pourrais les amener à répondre à l’objectif du programme. Ce vendredi, en fin de journée je les ais rencontré un à un à nouveau, après avoir fait une sortie pour une crème glacé (payé par nous, les animateurs!), après avoir joué aux cartes pour leur expliquer que « solitaire c’est platte » et qu’en gagne on pouvait avoir du « fun ». Cette 2e rencontre a marqué le succès du programme mais surtout « ma vie et leur vie », j’ai simplement pris 5 minutes avec chacun et chacune (9 garçons et 3 filles) pour leur communiquer combien j’avais apprécié leur présence, leur participation. Et après, j’ai voulu non pas combler mais répondre simplement à leur grand besoin que j’avais identifié : « AMOUR »; et oui, j’ai des larmes dans mes yeux en vous écrivant ceci, je revis les émotions magnifiques de cette journée et surtout de voir ces visages changer complètement. Je m’étais mis debout et je leur demandais de s’approcher pour que je les prenne dans me bras et je leurs ai dit, les yeux dans les yeux que « je les aimais », qu’ils ne prennent pas cela comme une « quéténerie » et que c’était sincère, que je croyais en eux, que ce n’était pas de l’harcèlement sexuel! ni de la manipulation, de me croire que j’étais vraiment content d’être là avec chacun d’eux. Chers amis, ce fut un moment, une expérience sublime que l’Esprit d’amour de Jésus m’a fait vivre. Par la suite, j’ai pris le temps de les écouter, de faire un retour à l’arrière dans leur histoire de vie de famille, 90% venaient d’une famille avec parents naturels, avec un revenu moyen familial de 180,000$/année. Le MSSS lie les comportements problématiques aux manques au sein des familles, avec des niveaux socio-économiques beaucoup plus bas que cette moyenne. Et je me suis posé encore la question : OÙ SONT LES PARENTS?? Je ne vais surtout pas poser de jugement envers les parents, simplement je peux affirmer qu’ils n’étaient pas là pour leurs enfants, de la façon dont les enfants avaient besoin.
« La famille est l’école primaire, secondaire et collégiale de la vie, qui prépare toute personne à l’université de la vie. BH » Si tu n’as pas reçu les pré-requis et la préparation adéquate à faire face à l’université de la vie, tu as des fortes chances d’échouer! Ces pré-requis je vais les appeler VALEURS. Les valeurs qui vont influencer et guider nos comportements par un encadrement et une responsabilisation qui se fait avec AMOUR! Mon groupe de jeunes m’a dit « c’est la première fois que je me fais dire que je suis aimé, sincèrement Ben! », et de poser un geste de tendresse, d'amitié comme nous serrer dans les bras, une bonne poignée de main à la fin de chaque journée pendant 6 semaines est devenu une VALEUR AJOUTÉ, un geste qui signifie la valeur qu’ils avaient à mes yeux, l’amour que l’on ressentait. Je me rappelle que trois parmi les 12 sont venus me voir à la fin du programme et m’ont demandé; « Ben, adopte-moi, je veux être ton fils-ta fille » et avec des larmes dans me yeux je leur dit en toute liberté : « tu es déjà adopté par un Père qui t’aime autant si non plus que moi, Dieu, et il t’invite aujourd’hui à toi, d’adopter tes parents, essaie de rétablir la relation, de parler de tes objectifs même s’il ne sont pas pareils aux leurs, établi une relation parent-enfant et ne cherche pas à être « amis » avec eux, simplement respecte-les en parents »
Dans le cadre de mes conférences ou interventions et lorsque le sujet se justifie, je demande aux participants de me parler de leurs valeurs et plus souvent qu’autrement, je vois des grimaces, il y a un silence et un point d’interrogation sur leurs visages. Comme si je « pétais leur bulle » ou que j’entrais dans une zone interdite. Chers amis, je vous pose la question aujourd’hui : quels sont vos valeurs ? Oui, je sais, je t’entends déjà dire « mais, c’est quoi une valeur?; comment on sait que c’est une valeur?; Ben, c’est trop philosophique ça!; » J’aime bien un essaie de définition qui dit qu’une valeur « est quelque chose qui enrichit, qui fait grandir celui qui l’adopte et agit en conséquence » en ajoutant une autre perspective qui complète : « c’est ce qui fait une personne, sans quoi la personne perdrait son humanité ou une partie de celle-ci ». Plusieurs écoles de pensée ont répondu à cette question, sous diverses perspectives et fondements. Il y même des classifications des valeurs, qui nous aident à mieux comprendre cette réalité si importante pour le développement de la personne.
Je ne prétends pas définir ici le concept de valeur mais bien plus rappeler l’importance de faire notre propre bilan des valeurs. Selon une échelle que je trouve bien complète, nous retrouvons les valeurs fondamentales regroupées comme suit :
Valeurs religieuses Valeurs morales Valeurs esthétiques Valeurs intellectuelles Valeurs affectives Valeurs sociales Valeurs physiques Valeurs économiques
La famille est le milieu par excellence pour apprendre à aimer ou à être indifférent, à résoudre les conflits ou à les éviter, à pardonner ou à être rancuniers, à avoir de la compassion ou à dénigrer. Je vous partage une petite liste de valeurs qui se doivent d’être transmises aux enfants dans nos familles; mais rappelez-vous que nous ne pouvons pas donner ce que nous n’avons pas :
ambition appréciation croyance en soi terrain d'entente compassion courage détermination effort amitié gratitude dur labeur aider son prochain honnêteté espoir intégration des autres inspiration intégrité croquer la vie amour motivation opportunité optimisme maîtrise patience respect choix pertinents sacrifice partage esprit sportif enseignement par l'exemple foi famille travail fidélité pardon persévérance honnêteté
Si nous revenons au début de mon message et la réalité qui se vit dans nos foyers, dans nos rues, dans nos écoles, dans notre société sans être alarmiste et simplement en sonnant l’alarme pour qu’on se réveille! Aurait-il lieu de dire que nous avons une difficulté de fond dans nos familles en tant que milieu d’enseignement éducatif et préparatoire à l’université de la vie? une difficulté d'enseigner nos valeurs? Ma réponse : OUI. Je vous rappelle que je ne veux pas sembler pessimiste ou alarmiste, mais simplement réaliste. Je ne dirais pas que la violence intrafamiliale augmente mais que nous avons beaucoup de manifestations de violence intrafamiliale, de violence dans le milieu scolaire, de violence dans nos rues, que nos enfants ont de la difficulté d’une vision d’éducation scolaire, manque de vision future, recherche du plaisir éphémère, manque de stabilité émotionnelle, etc. je me dit alors: où sont passées les valeurs humaines, sociales, religieuses ou spirituelles, morales? Les jeunes familles doivent être interpellés à ce sujet, sensibilisées et avoir des ressources pour les aider dans cette tâche; la communauté ecclésiale se doit de fournir des outils et des espaces pour ces familles, nous avons tous part de cette responsabilité en tant que baptisés, en tant que citoyens de la cité collective.
Éduquons nos jeunes, écoutons-les, écoutons les spécialistes de divers branches mais surtout METTONS-NOUS À L’ACTION!
À la lumière de mes réflexions sur le sujet, je me permettrais aujourd'hui de pousser mon commentaire au niveau sociétaire. Ces jeunes que tu as rencontrés sont les oubliés du système laïc actuel. Ils sont les premiers à recevoir une éducation 100% laïc et à ne pas choisir volontairement l'athéisme. Puisque leur grands-parents qui, traditionnellement et naturellement, étaient autrefois leurs guides spirituelles sont en fait les pionniers de l'émancipation religieuse québécoise.
RépondreEffacerTraditionnellement, les familles étendues ou les communautés religieuses prenaient en charge les enfants des familles moins fonctionnelles ou les éléments plus marginaux. Celles-ci pouvaient répondre aux questions métaphysique naturelles que ces "brebis égarées" se posent de façon plus ou moins consciente. Qui suis-je? Pourquoi suis-je ici? Où vais-je? etc..
Ces questions qui permettent à l'enfant de se forger une personnalité et une confiance en soi ne peuvent trouver réponse que dans la spiritualité (religieuse ou pas, consciente ou pas). Celle-ci ne peut être transmise que dans une situation familiale où règne la confiance et l'amour.
L'ennui, c'est que la société laïc actuelle ne propose pas (ou peu) d'alternative au système familial traditionnel ou aux communautés religieuse qui pouvaient récupérer la majorité de ces jeunes plus fragiles au noyau familial défaillant. Ces enfants vont donc naturellement tenter de chercher leur sécurité et les réponses à leurs questions dans des communautés tels que les gangs de rue ou au sein de la culture qui leur est proposé par les médias auxquels ils peuvent s'identifier.
Je n'ai donc pas de difficulté à imaginer l'impact qu'une présence telle que celle que tu nous as décrits ait put avoir sur ces "brebis égarées" comme le dit si bien la bible.
Voici une réflexion sociologique forte intéressante… Malheureusement, aujourd’hui nous encourageons la performance, le rendement, le profit et l’acquissions de biens matériels et ce au détriment de la famille, de l’amitié, du bien-être social, de la coopération, du partage et de la solidarité. Les adultes laissent trop souvent les enfants à eux-mêmes sans vraiment réfléchir aux conséquences que cela engendre sur leur développement personnel et interpersonnel de ces derniers. L’identité personnelle déchue, le sentiment d’appartenant de nos jeunes québécois décrois à une vitesse alarmante et nous qui « s’amusons » à camoufler ces maux grandissant par la surconsommation, des horaires trop chargé (école, parascolaire, cours de théâtre, de dessin, danse, hockey) etc. Masquons le problème au lieu de le guérir… Efficace un certain temps, mais ce que l’on ne traite pas à la base ne fera que s’aggraver avec le temps.
RépondreEffacerParents et enfants n’ont pas le temps de réfléchir, de se questionner, de remettre en question la vie…. leur vie. Ils sont tout simplement surchargés. Pas étonnant que nos jeunes décrochent face à la vie et ne voie aucun intérêt. Que sont-ils??? D’où viennent-ils??? Où vont-ils??? Avenir!!! Un avenir peu reluisant et peu réconfortant lorsque nous regardons comment nous traitons nos aînés. Isolé, ignoré, souvent méprisé par la société, avec des soins questionnable et une sur-médicamentation, bref les adolescents et nos ainés sont deux générations complètement différentes en mœurs et coutumes qui interagissent rarement entre eux mais tellement similaire au niveau de l’exclusion sociale car ils ne sont pas « rentable ».
Nous sommes très loin du proverbe Sénégalais disant que « pour qu’un enfant grandisse, il faut tout un village ». Pauvres jeunes, on les mets sur le banc du silence dès leur enfance, ils ne doivent pas déranger, ni nuire que ce soit à la maison, à l’école. S’ils ne sont pas conforme à la norme nous devons les cataloguer, les classer, les médicamenter, les exclure. Alors vers qui peuvent-ils se tourner pour répondre à leurs questionnements!?!?!?! Des parents absents, surchargés, stressé… Mais devons-nous vraiment blâmer ses parents !?!?!?! Ne font-ils pas que poursuivre la vague sociale de notre ère. (Pour avoir moi-même travaillé auprès de ces jeunes, je me permets de vous présenter un vidéo clip qui illustre très bien la réalité québécoise d’aujourd’hui http://www.youtube.com/watch?v=9nd_IXaH_tQ)